Le carnet de Concordia Mentis

L'intérêt des agendas de suivi : l'exemple de l'agenda émotionnel

Dans une application qui se veut « sérieuse », le choix de cet outil peut questionner : d'où vient-il ? Quelles preuves ? Comment ça marche ?

Publié
Mis à jour
Lecture
3 min

La première question que presque tout médecin ou thérapeute pose au début d'un entretien — ou même d'un examen — est « comment ça va ? ». Une question diluée à force d'être utilisée tous les jours, après qu'on a salué quelqu'un, avec sa réponse automatique : « ça va bien, et toi ? ». Mais cette question reste parfois parmi les plus essentielles et les plus compliquées à clarifier, surtout quand on parle de notre monde intérieur — et plus encore sur la durée.

Comment ça va ? Maintenant ? Hier ? En arrivant ici, à la consultation ? En moyenne, sur plusieurs jours, plusieurs semaines ? Parfois la réponse est très claire : on souffre, ça ne va pas. Point. Mais dans la grande majorité des cas, cette souffrance varie — d'intensité, de durée, d'expression. Et pour certains, c'est encore plus compliqué : quand une inhibition s'en mêle, quand on vit avec une alexithymie1, ou avec d'autres difficultés qui entravent la capacité d'identifier ses émotions.

La recherche associe l'identification émotionnelle au bien-être général et à une meilleure régulation des émotions2, et quand cette capacité fait défaut, plusieurs aspects de notre vie sont affectés et nous souffrons davantage face aux émotions « négatives »3. L'enjeu touche aussi l'efficacité des psychothérapies : beaucoup d'entre elles, la TCC comprise, reposent sur la capacité à identifier ses émotions, à les nommer et à en parler ; sans elle, le travail thérapeutique peut devenir plus difficile et moins efficace3 4.

C'est ici que l'agenda émotionnel intervient, à la fois comme une aide et comme un exercice. Mettre un mot sur ce qu'on ressent n'est pas anodin : la recherche sur la mise en mots des émotions (affect labeling) montre que nommer une émotion atténue déjà, en partie, la réponse émotionnelle — une forme discrète de régulation5.

Dans Concordia Mentis, l'agenda émotionnel nous amène à répondre principalement à trois questions : « ça va ? », « qu'est-ce qu'il s'est passé ? » et « quelle émotion ? ». Des supports facilitent la réponse, surtout pour « quelle émotion ? » : une carte des émotions organisée selon deux axes issus de la recherche sur les affects — le caractère agréable ou désagréable du ressenti, et son niveau d'activation6 — avec des catégories faciles à différencier visuellement, une définition courte et claire de chaque émotion, et une aide si on se trouve toujours en difficulté.

Chaque choix est enregistré : on peut le consulter dans son historique, voir son évolution, ses changements, et même croiser ces informations avec d'autres — celles de l'agenda du sommeil par exemple, un croisement qui aide à clarifier pourquoi on dort mal certains jours. Mais ce sera l'objet d'un futur article.

Cet historique peut faire l'objet d'un résumé, qu'on peut choisir de partager avec son médecin ou son thérapeute, pour mieux expliquer une plainte ou des variations qui peuvent être le symptôme de certaines pathologies.

Le graphe des émotions notées au fil des jours, puis le résumé d'agenda qui les rassemble sur un mois
L'agenda émotionnel et son résumé qu'on peut partager avec son thérapeute.

Il faut enfin dire ce que cet agenda n'est pas. Concordia Mentis ne revendique aucune théorie des émotions. Et s'observer n'est pas toujours confortable : chez certaines personnes, noter régulièrement son humeur peut nourrir des ruminations plutôt que les apaiser — la littérature le documente7. Si c'est votre cas, parlez-en à votre soignant : l'outil doit rester à votre service, jamais devenir une contrainte. Notre objectif est humble : aider chacun à se sentir mieux, et à mieux se comprendre.

Notes et références

  1. L'alexithymie est la difficulté à identifier ses propres émotions et à en parler aux autres. Elle touche environ 10 % de la population. Luminet O., Vermeulen N., Grynberg D. L'alexithymie. Comment le manque d'émotions peut affecter notre santé. De Boeck, 2013.↩
  2. Mayer J.D., Salovey P., Caruso D.R. Emotional intelligence: Theory, findings, and implications. Psychological Inquiry, 15, 197–215, 2004.↩
  3. Morie K.P. et al. The process of emotion identification: Considerations for psychiatric disorders. Journal of Psychiatric Research, 148, 264–274, 2022.↩
  4. Grabe H.J. et al. Alexithymia and outcome in psychotherapy. Psychotherapy and Psychosomatics, 77(3), 189–194, 2008.↩
  5. Torre J.B., Lieberman M.D. Putting feelings into words: Affect labeling as implicit emotion regulation. Emotion Review, 10, 116–124, 2018.↩
  6. Russell J.A. A circumplex model of affect. Journal of Personality and Social Psychology, 39, 1161–1178, 1980.↩
  7. Astill Wright L. et al. The user experience of ambulatory assessment and mood monitoring in depression: a systematic review & meta-synthesis. npj Digital Medicine, 8, 737, 2025.↩

Partager cet article

← Tous les articles