Le carnet de Concordia Mentis

Pourquoi Concordia Mentis ?

La question mérite d'être posée : pourquoi une application de plus, dans la marée d'applications qui se multiplient dans le domaine de la santé mentale ?

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Ce projet est né d'un besoin : le mien. Celui d'un psychiatre, fort de plusieurs formations et expériences en psychothérapie, au contact de patients, à l'hôpital comme en pratique privée.

Les outils numériques apportent une aide et un soutien, à de multiples reprises, dans la prise en charge. Mais un constat s'impose, hérité de la culture « business » : chaque application cible un usage. Pour chaque besoin, j'avais donc une ou plusieurs applications à recommander. Une charge gérable, mais une charge. Le plus embêtant était d'indiquer et de montrer exactement ce que je voulais qu'un patient utilise : « téléchargez X ou Y » n'est pas une consigne facile à exécuter, surtout en état de grande fragilité — ce qui est le cas d'une grande partie de nos patients. Réunir ces outils que je recommandais tous les jours est devenu un besoin.

Certains de ces outils n'étaient pas disponibles en français, et attendre une traduction n'était pas une option.

D'autres besoins se heurtaient à des murs techniques : une application difficile à utiliser, une interface incompréhensible, ou une gamification conçue pour capter l'utilisateur. Je me sentais mal de recommander ces applications, même s'il n'y avait pas beaucoup d'autres choix.

D'autres besoins, enfin, se heurtaient à l'absence : aucun outil sérieux ne réalisait ce dont j'avais besoin, ce que je jugeais nécessaire pour mes patients.

Ces applications venaient d'un peu partout. Leur fiabilité restait une grande question. Que fait-on de leurs données1 ? Ce n'était pas une question simple — et je ne pouvais pas mener une enquête de qualité pour chaque outil.

Le plus important à mes yeux, dans tout cela, c'était le manque de retour. J'en parlais à mes patients, puis je ne savais plus ce qui se passait pour eux sur ces applications. Même en leur posant la question, tout restait flou : ce qu'ils avaient réussi à faire, ce qui leur avait posé problème, ce qui avait marché, ce qui avait soulagé… On en parlait, c'est riche, certes — mais ce n'était pas assez.

Je vois encore certains de mes patients sortir leur téléphone en fin de séance pour noter, « pour ne pas oublier ». D'autres ne reviennent pas avec les papiers des exercices que nous avions commencés ensemble. En soi, c'est un élément clinique. Mais c'est aussi une dilution des informations, et une perte de temps — pour eux.

C'est dans cet angle mort que l'idée de Concordia Mentis est née. Un espace commun, où ce qui se passe entre deux séances laisse une trace : le patient observe, pratique, note — et s'il le décide, son thérapeute retrouve ce travail en séance, au lieu de le reconstruire de mémoire. Un lien. Ce n'est pas juste un outil de plus : je ne veux pas que qui que ce soit se sente forcé de l'utiliser, et je ne voulais pas transformer la souffrance en jeu. C'est un lien. Chaque détail de ce projet a été pensé avec ce mot.

Un résumé d'agenda envoyé par une patiente à sa thérapeute, puis le même résumé reçu par la thérapeute
Le lien entre le patient et son thérapeute.

« Chaque détail » — y compris celui que je ne pouvais pas vérifier chez les autres : le sort des données. Concordia Mentis a été pensé pour les protéger. En tant que médecin, la confidentialité n'est pas une option.

Je regarde l'explosion des outils et des applications qui cherchent à faire de l'autothérapie, à remplacer par une machine la nécessité d'un autre humain, d'un interlocuteur, d'un lien. Concordia Mentis vise à renforcer le lien. Pour les soignants comme pour les patients. Ce projet ne vise à remplacer personne. Il vise à rendre la vie plus facile et les soins plus efficaces.

Notes et références

  1. Sur 402 applications de santé mentale recensées en 2025, 71,4 % transmettent des informations personnelles de santé à des tiers. Herpertz J. et al. A longitudinal analysis of quality and longevity of mental health apps indexed in MIND, the largest database. World Psychiatry 2026 ; 25(2) : 330-331.↩

À propos de l’auteur

Firas MOUSATAT

Psychiatre et pédopsychiatre, cofondateur de Concordia Mentis.

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